@ Christian Creutz, photographe, StrasbourgLe paysage le plus remarquable de Bali, qui échappe à tous ceux qui restent dans le Sud effrayant de l’île, est bien celui des rizières. Les terrasses enchantent, le système des canaux, rigoles, barrages émerveillent par leur simple et parfaite fonctionnalité.
Le cœur de ce paysage a été classé en 2012 Patrimoine mondial par l’UNESCO. C’est moins la beauté de ce paysage qui a valu le classement, que son mode de gestion à la fois religieux et coopératif de sa gestion par les paysans balinais.
Les 19 500 hectares classés illustrent le système des subak, une institution coopérative de gestion de l’eau par des canaux et des barrages qui remonte au IXe siècle. On y trouve aussi le temple d’eau royal Pura Taman Ayun, datant du XVIIIe siècle, le plus grand de Bali mais aussi le plus original du point de vue architectural. Il est à 4 km de notre villa. Le subak reflète le concept philosophique de Tri Hita Karana qui vise à une relation harmonieuse entre les domaines de l’esprit, du monde humain et de la nature. Cette philosophie, issue de l’échange culturel existant entre l’Inde et Bali depuis plus de deux mille ans, a façonné le paysage de Bali. Le système subak recouvre des pratiques agricoles démocratiques et égalitaires qui ont permis aux habitants de Bali de devenir les plus efficaces producteurs de riz de tout l’archipel, malgré la pression d’une grande densité de population.
Le subak, dont les membres se réunissent au moins tous les moi pour parle de la gestion des productions agricole, est formé de l’ensemble des rizières qui dépendent d’une sourde d’eau : un captage d’une rivière à partir d’un barrage, en général. Du lac Batur, où règne la déesse des Eaux, jusqu’au bord de mer vers le Sud, il y a donc une espèce de descente hiérarchique des eaux, comme une espèce de succession d’organigrammes, qui se ramifient, à partir de la source et de son temple des eaux.
Cette organisation permet de contrôler la mise en eau des rizières, les périodes de plantation et ainsi le contrôle des parasites, par exemple. Un même bassin de rizières va par exemple noyer ses rizières en même temps, pour éliminer les rats des rizières et bien d’autres nuisibles.
Dans les années 1070, des technocrates envoyés par l’Asian Bank, un organisme supranational un peu comme le FMI, obligea les paysans à abandonner l’esprit du Subak et à cultiver au maximum les rizières grâce aux pesticides et aux engrais. Le résultat fut un désastre et très vite on revînt à la gestion des rizières par les subaks, qui ont derrière eux des siècles d’expérience accumulée. Le subak organise les réunions et la répartition des eaux, mais aussi il est le maître des cérémonies religieuses à organiser dans les divers temples des eaux où exerce une prêtrise des eaux spécialisée. Au sommet de la hiérarchie des temples se trouve le temple du mont Batur, qui vénère la déesse des eaux. Pura Ulun Danu Batur construit au bord du cratère d’un volcan, le lac Batur, dont les eaux sont considérées comme l’origine ultime de toutes les sources et rivières, le paysage subak du bassin hydrographique de Pakerisan considéré comme étant le plus ancien système d’irrigation de Bali, le paysage subak de Catur Angga Batukaru avec ses terrasses, mentionnées dans une description du Xe siècle, ce qui les classe parmi les plus anciennes de Bali et les meilleurs exemples de l’architecture classique des temples balinais, et le temple royal Pura Taman Ayun, le plus grand et, d’un point de vue architectural, le plus remarquable des temples d’eau de la région, donnant toute la mesure du système subak à l’époque du plus grand royaume balinais du XIXe siècle. Les éléments constitutifs des subak sont les forêts, qui protègent l’alimentation en eau, le paysage des rizières en terrasses, les rizières reliées par un système de canaux, de tunnels et de barrages, les villages et les temples de taille et d’importance variable qui marquent soit la source soit le passage de l’eau vers les terres des subak à irriguer.
Depuis notre villa, nous vous emmenons dans les rizières pour vous montrer cette organisation remarquable, et vous pouvez vous rendre à vélo au Pura Taman Ayun, qui est l’un des plus beau temple de Bali. Plus à l’ouest, le temple de Batukaru et les superbes rizières à riz traditionnel sont une source d’émerveillement à Bali. Un autre temple remarquable sur la montée au mont Batur est exemplaire de cette organisation : le Pura Gunung Kawi Sebatu. Sebatu est le village le plus parfait dans cette organisation. Il a fait l’objet de nombreuses études anthropologiques et sociologiques qui démontrent la pertinence de cette organisation unique d’une agriculture dans des rizières certes privées, mais suivant une gestion démocratique et coopérative. C’est là encore une expression d’un des traits les plus séduisants de Bali : la solidarité.
Hubert Bari
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