La porte de dragons

Mariage de Made
4 avril 2010


Made (second from the left), one of our Balinese staff members

Il n’est pas rare, en se promenant dans les villages balinais, de découvrir une petite allée qui s’ouvre entre les corps de deux dragons stylisés, faits de bambou et de feuilles de palmier savamment entrelacées. Ce décor révèle l’accès à une maison où se déroule un mariage, une invitation à pénétrer au sein du quadrilatère de murs qui protège toute maison balinaise. Ce fut le cas hier, pour le mariage de Made, un membre du personnel de Balam Bali Villa. Nous sommes venus présenter nos félicitations au couple, honoré d’avoir la visite exotique d'invités étrangers. Une donation à l’entrée contribue à financer le coût élevé du mariage, près de deux années de salaire.
 
La cérémonie est complexe. Elle a commencé à 3 h du matin pour le couple, avec le limage des dents de Made, une cérémonie qui devrait se dérouler plutôt à l’âge de la puberté, mais qui est souvent couplée au mariage, afin de faire des économies. Le limage des dents est un rite de purification, qui marque le passage vers le monde des adultes, en se débarrassant des mauvais esprits du corps. Le rituel consiste à faire limer (symboliquement) par un prêtre, deux canines et quatre incisives de la mâchoire supérieure.
 
Les cérémonies sont en effet très coûteuses et la plupart des Balinais ne peuvent se permettre de suivre le calendrier en usage. Donc, avant un mariage, on pratique la cérémonie du limage, qui utilise les mêmes autels dressés dans la maison et les mêmes offrandes.
 
Après la cérémonie, notre jeune couple s’est rendu dans la maison de la famille de la mariée. Là, une cérémonie informe les ancêtres que la jeune fille quitte sa branche familiale pour intégrer la branche familiale de l’époux. En cas de divorce, d’ailleurs, l’ex-épouse, au cours d’une nouvelle cérémonie, est « réinstallée » dans sa branche familiale, et les ancêtres en sont notifiés à nouveau.
 
Ensuite c’est le mariage dans la maison du marié : cérémonie, bénédiction du couple. Puis durant des heures, a lieu le défilé des amis et de la famille. On papote, on mange, c’est calme et très simple. Les mariés reçoivent, posent pour les photos, remercient pour la donation. Ils sont tous deux engoncés dans des costumes très théâtraux, lourds d’or et d’argent, l’épouse portant une couronne très élaborée. Le maquillage parfois outrancier donne une vision d’un couple de mariés à laquelle nous ne sommes pas habitués, sorte de drag-queens sorties d’un opéra de Pékin. En fait, il s’agit là d’une transposition, dans une cérémonie qui marque la vie, de l’esthétique propre aux danses sacrées de Bali, dont le Ramayana, où l’on retrouve les mêmes costumes riches et les mêmes maquillages.
 
Nous libérons le couple pour lui permettre de recevoir de nouveaux visiteurs, et repassons l’entrée aux dragons. A l’extérieur, un attroupement de jeunes hommes papotent et fument, assis sur leurs mobylettes. Ils sont tous vêtus à la balinaise : sarong, un beau tissu par-dessus le sarong, orné de fils d’or et d’argent, le turban balinais sur la tête. Ils guettent et commentent sans doute les jeunes filles qui entrent. C’est durant les mariages que se préparent les mariages suivants. Un groupe de filles arrive: jeans, T-shirt trop grand, téléphone en main, qui gloussent en s’envoyant des SMS. Ils sont loin les corsets qui moulent leurs formes, et les sarongs qu’elles ont tissés. Les temps changent. Les garçons n’ont pas droit à un regard. Les dragons, éberlués, en frémissent. A moins que ce soit le vent ?


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